jeudi 17 juin 2010


blindness°colourless°la nuit viendra clore les paupières sans que je me sois levée pour voir le dernier ciel@de lait encore
et cette fois-ci peut m'importe blanc=noir
rien'a de couleur

- ouvrir cette fenêtre virtuelle c'est déjà trop / presqu'ouvrir la fenêtre de la chambre close

je suis dans le blanc blanc silence

pour me sauver

dans le blanc blanc silence noir,   se sauver quelques heures (quelques jours, quelques mois|si seulement) de leur exigence|de paroles, de sons articulés et de cacophonie

se sauver dans le ciel laissé blanc à la fenêtre, aveugle,

être au silence de la page où ressac de mort comme seule vie à avoir,  seule logique,
- on ne comprend que cela : quel autre sens que cette vacuité cette douleur 

-comme si : la vie joyeuse, la vie claire de ceux qui ont les yeux bleus et la vie claire était mensonge grotesque, risible, que l'on écrase du talon privant de vie ceux qui - avaient - cru -

et l'on se sent de moindre épaisseur, amputé de ces instants se dissolvant dans le ri-sible
parce que parfois nos yeux s'éclaircissent - et alors on meurt on meurt

tenir sa vie enfermée dans un poing noir
se mettre soi-même dans une tour noire - verticale ou à l'horizontale,
boîte noire où s'assèchent nos membres allongés et maigres, maigres, secs.cassants.se brisant à chaque nouveau noeud de membre - sans membrane nulle membrane - sans firmament.

photographier l'intestin qui s'écoule par la gorge.
sortir avec lui la langue maternelle qui fait horreur - et l'ombilic

se retrouver sans langue, apatride, perdu dans les dédales d'une bibliothèque souterraine - et sans lumières
que des livres à lire sans lumière, sans langue, sans dess(e)in
que des pages à remuer incessamment pour en soulever la poussière et s'en asphyxier

mourir dans le sublime de ce que l'on a sacré

cela seulement parce qu'il fallait sacrer quelque chose pour pouvoir mourir sans trop de honte {et plus difficile encore justifier le temps de vie qui précède cette mort}

que l'on sorte au soleil et c'est tout le sacré qui s'écroule, et nous avec, notre justification.

on a plus qu'à vivre misérablement, de nos grossièretés réelles, sans chichis, sans sacre.


Gloire à nous qui nous trompons si bien et pousser loin devant les pestiférés !

Ceux qui vivent sans mensonge, ceux qui vivent de la vie même.

mercredi 16 juin 2010


à des voix inconnues laissée au bord et l'on oublie toute langue 
l'andalou à la souplesse du corps, et des cheveux, aussi,
et, oui, oui
et les souvenirs projetés au-devant des vies qui ne sont pas nôtres
l'océan sur cette langue lancée au-devant des lèvres et des corps
ou plutôt non, pas océan mais pluie, pluie de midi aux tropiques,
c'est un corps humide, et nu, nu, sur la langue qui pousse les dents et s'infiltre,
langue perméable qui fond les peaux aux autres,
qui ramène à la poitrine le crâne vieux de dix mille ans d'histoires
crâne où la voix résonne et les flammèches des bougies nées de chaleur,
et toi aussi, et elle, ombre de mon ombre, et incarnation plus chair que ma chair,
et les jasmins d'où
et 
et aussi, oui,
son ombre à son ombre, sa chair à sa chair, son coeur à son coeur,
pas plus gros qu'un noyau d'avocat,
tenant dans la main à même les veines,
nervures de la chair du fruit et de son coeur,
et ton coeur, oui,
et
et l'on sent cette langue qui se délie et lie l'un l'autre lascivement abandonnés l'un à l'autre,
langoureusement le chat déplie ses muscles et étend
la langue parle en nous un futur parallèle à notre propre vie et que l'on ne pourra jamais rejoindre, 
et où l'on s'endort pourtant à chaque soleil de suie,
aux souffles au bord desquels.on dit oui sans attendre.
chants de gorge entre deux haleines naît celle qu'on attendait, devait naître de nous, oui,
comme on s'attendait soi-même et que l'on voudrait qu'on nous attende,
quelque part, tout près, oui,
et car nous, oui,
on attend une langue qui parle en nous, qui nous parle muette,

parle muet dans mon corps et froisse du bout des doigts les poussières qui soufflent sur la peau,
ouvre mes paupières comme on les ferme, 
que la langue reste musique inintelligible, 
amadrugar, 
et que je sois non pas seule mais Très Mil.


Prend sa main et guide-la jusqu'au Nil,
bateaux par vos ongles suspendus au soleil,
cartes désaxées, en attente.


samedi 12 juin 2010


"s'en remettre au désarroi" } où ai-je lu cela ? parole deterritorialisée


je balance les titres je hais les titres comment quelques mots peuvent-ils résumer ou même simplement présenter ou même plus simplement encore lancer ?

puis le titre coupe tout commencement sur le vif, interrompt l'élan et non le déclenche

le titre c'est la mort du texte,
plus rien à écrire après le titre

mes titres n'ont toujours été que des points de repère,
comme des coordonnées sur une carte

mais aujourd'hui je préfère laisser l'espace au désarroi

nul repère, fin des titres

disparition de cela qui pouvait prétendre donner la vue

je veux une parole aveugle et c'est ainsi que je cherche } à tâtons

jusqu'au bout de la nuit nuit étant justement le désaccomplissement de tout bout, de toute limite

j'écris sans limite, sans titre



je suis un de ces matins où j'ai envie d'être au plein de l'étude, 
   être à la stupeur noire bête de somme creusant la terre au labeur
champ (de vue) enclos par les murs hauts de la bibliothèque sans limite
être perdue me perde moi-même
écarquillement de l'iris pour lire non pas entre les lignes mais les lignes mêmes
stupeur musclée d'un alexandrin pneumatique
être seule dans l'immensité noire, verticale
travailler non pas sur ma fatigue mais ma fatigue elle-même

- je me nourris des mêmes gateaux sans goût sans sucre sans sel
et ces jours surgissent comme à renouveller
nulle odeur de soleil ne pourra remplacer
il n'y a rien à remplacer
on ne remplace pas

ce sera soleil ou soleil noir,
tantôt l'un tantôt l'autre,
et je ne serai jamais entière










(mais je suis cette temporalité plurielle, découpée, mon entité est de n'être pas entière : je suis contrastes)



- et chaque jour on m'avorte un peu plus de l'enfant que je n'ai pas


amour pas d'amour plus pur que ce premier amour
morceau de pureté à lui seul
morceau de chair , imberbe la chair à même la douceur des yeux
et les ongles voudraient la marquer à jamais    |mais osent à peine frôler cette pureté de chair de papier glace


et la ville entière est pure de cet amour 
intacte à jamais comme elle ne l'a jamais été

et l'on avance dans la ville enfant au premier jour
enfant comme on ne l'a jamais été
premier jour qui en est à sa première naissance (oublié d'éclore au premier jour de vie)

le regard s'ouvre au ciel à la terre les rues tracent des voies en lui dégagent des artères respirent le coeur à même tes lèvres mon amour

je suis enfant du premier jour dans ta chair sans trace

skin sans ongles que je devrais tracer | mais ne puis m'y résoudre.

tes yeux aveugles par ta propre pureté voient au-delà de moi et dans la jouissance même tu m'absentes    tu es pure pure jouissance pure douceur (moi pure douleur)
pureté à même le lit lorsque ta peau 

et c'est à tes bras de sang de larme 

tétanisée

premiers pas   dans tes bras mon amour valse perdue


ta chair sera à jamais ma chair de douceur
le bleu à ta hanche à tes yeux
- tu vois je n'ai pas oublié mon amour

tu ne savais pas que me donner ton corps c'était te donner à moi à jamais

je suis reine des glaces et je te fige dans mon coeur d'hiver

pure pure douceur que ce premier amour
pure douleur à même la peau à vif au coeur
souffle pour la première fois et souffle rompu

amour d'entre-deux mondes
au seuil
vestibule où l'on dort d'oubli où l'on oublie de dormir et oublie que l'on ne dort pas
vestibule de l'oubli
à même le bleu de ta hanche dans mes yeux
hanches ouvertes (mes hanches, ta hanche)

hache achète-moi achève-moi
amour je voudrais m'achever par toi

dans la nuit qui file à vive eau sous le pont 
périphérique qui déverse dans la nuit son flux de vie oubliée
jetée dans la vitesse des lumières

ville noire pour moi ouverte   et dans tes hanches me jeter   achever mon poids qui succombe sous le tien (ou sous le pont qui ploie)
chute fulgurante et sans appel
à la vitesse des lumières  comètes qui font la ville - à l'horizontale
et moi chair à comète comètes faites de ma chair même m'aime toi moi tombée dans le gouffre pur de l'amour
sans mot sans regard une seule peau recouvre tout
peau blanche douce sans grain recouvre mon coeur - le sang ne passe plus
n'irrigue plus les nerfs que tu m'as prélevé pour les porter à ton coeur ton organe

dos voûté de silence sous la nuit sans étoile
regard de ciel aveugle comme de soleil aveugle de nuages chargés
- j'ai aimé ton pas ta cadence,
ton dos, ton silence
le mouvement de tes lèvres lorsque parfois
le trouble de tes yeux et plus encore lorsque - parfois

le bleu à ta hanche laisse-moi boire à même l'encre de ton sexe ou presque

achève mon corps de disparaître dans tes yeux

de frémir °

lorsqu'au matin éclose et .

chaque nuit pareille : pureté pure identité à elle-même
égale à pureté pure pureté chaque nuit*

bien loin encore de la chair noire des nuits à encre et tourments (et violence, violence violence)

amour second amour pure impureté

que suis-je de cette pureté et de cette impureté ? (et d'avant et d'après, qu'en suis-je ?)

que suis-je à cet instant et pour les minutes presque pour demain ?



     éveillée ce poids d'été au poumon                                        et la gorge enflée de l'intérieur

dehors l'air pourtant de pluie condensé(e)

dehors l'air chargé de pluie et l'on tente de s'en charger à son tour


   on offre la poitrine au ciel encore vert (et gris le ciel gris)

lorsque l'éveil ne tient que des oiseaux qui seuls font la vie à cette heure

- on est encore aux regards dérobé et l'on peut paenser sa douleur, froidir son front chercher la pluie - et l'air à sa plaie

c'est une terre humide de printemps au dehors et à laquelle on paense,
l'écorce amère et douce des arbres que l'on embrasse encore,
du ventre serré contre soi et dur
verticalité sans doute (aucun)

les mots écrits et ainsi tus dégagent les poumons de leurs encombrements
tracent des voies d'air de l'extérieur à l'intérieur de l'intérieur à l'extérieur
- et sans doute l'air en aérosol n'aide-t-il en rien à cette conduction nouvelle de l'oxygène

on voit clair à présent dans le ciel chargé d'eau et vert vert le ciel gris
les oiseaux et les escargots toute puissance sortie
au dehors terre d'indien 
terre de fumée et d'eau décomposée
organique l'humus de vers tracé(s)

sept heures. les cloches tintent l'éveil humain que l'on avait oublié.

on ne sera bientôt plus seul.

et l'on voudrait s'attacher à ces dernières minutes de silence croissant (les corbeaux) ou les arracher pour soi dans la lumière du jour qui viendra (-peut-être).

jeudi 10 juin 2010

un texte pour un autre


J'ai un texte à écrire et je ne peux pas l'écrire - non pas que je ne puisse pas trouver les mots, seulement : il me faut éviter de dire ces mots.

Alors je bifurque à droite à gauche entre les textes, les images, les musiques _

je fouille alors que je possède déjà un texte qui m'occupe toute entière ;

je ne peux pas l'écrire ici et je ne sais plus écrire ailleurs

(comme si je redoutais de revenir à la solitude évidente),

je voudrais retourner à mes lectures mais ce ne serait que dissimuler momentanément mes mots tus derrière les mots d'autres.

cependant -

Générosité



On craint souvent d'être trompé par sa propre générosité et que celle-ci ne soit que le pernicieux masque de notre amour-propre, d'un ego à gonfler.

Le clivage égo(ïsme)/générosité est dépassé dès lors que l'on ne se considère plus comme un individu apposé à d'autres individus eux-mêmes apposés les uns aux autres et que notre regard se porte non plus sur les points de jonction mais sur les liens qui les forment.

Nul point de jonction sans lien.

Nul homme sans les hommes. 

On ne vit pas seul avec soi, pas plus que l'on ne vit de soi-même.
On est avec les autres, et sans cela on n'est pas.
Le plus solitaire des hommes a lui-même une mère & un père.

La générosité ne sert ni l'autre, ni soi-même, elle sert les liens qui joignent les autres et soi-même. 
On n'est pas généreux pour un individu en lui-même, sinon la générosité pourrait être tournée directement et légitimement vers soi-même, autant que vers un autre.
On est généreux pour servir les liens et pour que la vie ensemble puisse ainsi se perpétrer.
On est généreux pour être un peu heureux les uns avec les autres.

J'entends déjà Kant répliquer que l'on est généreux seulement pour que les autres le soient avec nous - impératif hypothétique. 

Mais il distingue encore soi et les autres.

Or, la générosité porte sur les liens, et de ce seul fait la distinction entre soi et les autres s'efface - non pas absolument, mais dans cette perspective précise, oui, j'ose le croire 
(et peut-être, oui, veux-je seulement le croire et fonde-je ma croyance sur un raisonnement absurde - tautologique ? ou resté au point de départ simplement parce qu'immobile ?
 - quoiqu'il en soit, je tente de déplacer le regard et d'offrir une perspective nouvelle
- perspective à renverser pour un tableau cubiste, ou, peut-être pour un tableau d'un genre nouveau.


mardi 8 juin 2010


je deviens hyper-active - même plus besoin de café

inventorier ce que nous sommes


Quand j'ai vu que j'allais faire l'inventaire dans les rayons littérature, je me suis dit, décidément, il n'y a pas de hasard...
quand j'ai dû biper des dvd semi-pornos bas-de-gamme, je me suis dit que finalement, peut-être bien que si...

lundi 7 juin 2010

Densité, électricité


Je ferai un inventaire toute la nuit
6h du matin bhajans
ensuite entretien d'embauche
la nuit on écrira
le lendemain prêter ses bras aux Noctam'
après après...
relire Quai Ouest
et puis après après...

Dormir dans la fatigue


Prendre sur soi toutes ses heures de sommeil que l'on n'a pas dormies,
aller jusqu'à son corps là où on ignorait qu'il pouvait être,
travailler toute la nuit le rythme aux jambes, non pas machinique : vital,
dans cette effervescence musculaire, les yeux écarquillés, l'esprit touche à quelque méditation,
quelque transe calme quand le corps en travail, et les yeux, le regard trouble, flou, double,
Et l'on nous assène de coups à la tête, bien loin tout cela, ils ne me touchent pas
Je ne suis pas au service de leur machine je suis au service de mon corps que je semble faire machine
Mon corps qui se révèle et que j'ignore
Je semble travailler à bout de forces, et vous ignorez que je dors
Là là je cours mais je dors
Demain encore, et le lendemain
corps sans force si fort
ne pas dormir ne pas manger
tendre le muscle jusqu'à.
je suis là.

les valeurs au quotidien


Si j'aime toutes leurs valeurs et les veux miennes, je dois reconnaître qu'ils m'en ont rappelé certaines, ou plus exactement qu'ils m'ont révélé que je ne les respectais pas au quotidien.

Par exemple : la prière avant de manger.

Je ne ferai pas de prière car je n'ai nulle puissance à qui l'adresser.

Toutefois, ce temps de prière permet de prendre le temps de se rappeler que tous ne peuvent pas manger et que manger est une chance.
Il ne s'agit pas seulement d'une plainte compatissante pour le monde et ses miséreux, même si cela est très important.
Ce temps de prière, ce temps qui nous rappelle notre chance, permet aussi de retrouver un certain respect pour la nourriture et pour soi-même.
On ne voit non plus la nourriture comme chose à engloutir, ni même à savourer, mais comme un élément essentiel qui nous apporte un bienfait nécessaire, vital.
On reprend ainsi aussi contact avec son corps.

On mange dans le respect de soi et des autres, dans le respect de la nourriture et du monde.

On aime le goût de terre des lentilles.

Je voudrais prendre ce temps avant de manger, sans la forme de la prière mais avec la méditation qui est la sienne, méditation, c'est à dire seulement pensée, et calme.


Méditer


Ces deux jours furent si denses d'expériences, qu'ils furent pour moi moins apaisement/ressourcement/méditation que batailles de méninges survoltées.
Ces deux jours je ne me suis pas vidée mais emplie.
Je fus pensées pensées pensées.
Même (malheureusement(?)) dans les moments les plus apaisés.

Il faudrait donc peut-être revenir. 

Je serais curieuse de savoir comment ils méditent, et de peut-être "apprendre à méditer".

J'ai compris que je ne savais pas méditer : je suis incapable de faire le vide en moi, ou du moins très imparfaitement.
Or, j'y aspire depuis longtemps.

Méditation : vide ?

Peut-être pas exactement. Mais quoi ?

J'aimerais savoir.


Vivre ensemble, s'aimer


La fluidité du fonctionnement et du dialogue à l'ashram est pour moi due au fait que tous viennent avec la même envie première de communiquer et d'aimer, de s'aimer soi-même et d'aimer les autres.

Cependant, il est vrai que dans mes autres expériences de vie communautaire, desquelles était absente toute dimension religieuse, les tensions étaient nombreuses. 

Tous ne venaient pas exactement dans le même but, ou du moins leur but premier n'était pas commun à tous : certains désiraient être en contact avec la nature plus qu'avec les hommes, d'autres venaient dans l'espoir de faire des rencontres amoureuses, etc.

A l'ashram d'Amma, tous aiment Amma.
Au haut de leurs priorités : aimer Amma.
Ils ont donc tous le même but et se respectent (s'aiment) déjà les uns les autres pour ce but.
Par ailleurs, ce but est amour et Amma est l'enseignement d'amour.
Leur but premier est donc l'amour.
Vouloir aimer Amma, c'est vouloir s'aimer les uns les autres. 

Ainsi, tous viennent pour s'aimer, c'est simple et cela suffit.
Des tensions peuvent surgir mais elles sont vite apaisées.

Le but : aimer.
Le moyen : le travail sur soi.

Par ailleurs, s'il y a de fortes tensions, ils s'en réfèrent à Amma. Soit directement, soit en s'interrogeant sur ce que ferait Amma à leur place : or, s'interroger sur ce que ferait Amma à leur place, c'est tout simplement s'interroger sur ce qui serait le moins blessant (et pour l'autre, et pour soi-même), sur l'acte qui répondrait au verbe aimer.

Il me semble pouvoir tout traduire pour moi-même en langage athée, et ainsi je peux vivre comme eux et parmi eux, je partage leurs valeurs sans partager leur croyance.
Et leur croyance est belle, je l'aime et je la respecte.
Elle n'est simplement pas mienne.


d'une année et de ces derniers mois


Cette année fut plus heureuse que les trois dernières (et pourtant, d'octobre à janvier, on craint qu'elle ne fut pire), et elle fut aussi plus riche - non pas d'expériences mais d'enseignements. Aujourd'hui je trouve (notamment) un certain apaisement, un équilibre légèrement moins fragile entre mon indépendance et mes relations aux autres. Je partage plus et me donne moins entière. Il s'agit moins de s'ouvrir et que les autres lisent en moi ; il s'agit d'aller lire en les autres ce qu'ils veulent que j'y lise ; il s'agit de partager non pas pour se soulager mais pour s'enrichir mutuellement. 
Aujourd'hui je partage mon pain, mes copains, mes expériences, mon écoute et ma langue.
J'avance dans cette voie d'un pas plus assuré.
la peur laissée sur le bas-côté.

Retraite en ashram


Je n'y ai été que deux jours, et pourtant il me semble y avoir vécu plusieurs mois. 
Non pas que je me suis habituée au lieu, non, j'étais toujours étrangère.
Cependant, tant de choses sont venues à moi en si peu de temps qu'il me semble avoir vécu ce qu'apporte une année entière, si tant est que la comparaison soit possible.
Il est donc indéniable que ce fut une expérience forte.

Mais quoi donc ?


J'ai ci-dessous écrit mon cynisme mais j'aurais tout aussi bien pu écrire mon pur amour et je pourrais à présent écrire mon pur amour après avoir écrit mon cynisme impur,

je suis tout cela et rien de tout cela

j'ai été durant ces deux jours tout autant amour que cynisme, et ce n'était pas deux sentiments(?)  successifs, ni deux sentiments disjoints ni même deux sentiments conjoints,

c'était juste ainsi, je vous aimais et vous admirais entièrement et gardais néanmoins une grande distance et un cynisme méchant

Et là, là encore une fois j'exagère, bien sûr non, j'ai admiré presque tout ce (tous ceux) que j'ai découvert là-bas, malgré la distance que toujours (?) je gardais,
et mon cynisme n'était que partiel et temporaire

admiration et cynisme se mêlaient parfois face à la simplicité (simplicité qu'il faut être grand pour aimer, et moi je suis toute petite, et méchante),
mais pure beauté de vos chants et de vos coeurs, purs dans leurs impuretés mêmes car à l'ashram travail de soi et l'on accepte le coeur des autres et le sien propre avec ses aspérités et ses protubérances, ses originalités et ses bizarreries,

amour, cynisme, pensées en masse comme ces nuages gris qui se sont bousculés au ciel,

 : peut-être seulement que je ne sais rien de ce que j'ai senti.

impureté


Ma religion est d'avoir nulle religion.

J'ai mes superstitions, mais ce sont des jeux d'enfant - je m'amuse mais aussi - je construis un peu ainsi ma relation au monde, c'est probable.

Ainsi peut-être je peux comprendre les dévots d'Amma : il s'agit moins de croire ou de ne pas croire que de construire une relation harmonieuse à l'extérieur et à l'intérieur.

Cependant, je suis aussi trop cynique pour adorer cette harmonie.

On m'a depuis longtemps menée bien trop loin de cette innocence, de cette pureté.
ce que je vois mièvreries et banalités n'est probablement banalités que parce qu'elles disent ce qui est et que ce qui est est (si ce qui est est et si l'on s'en tient à dire ce qui est sans mentir, sans inventer et sans extrapoler, alors on dit un nombre innombrable de fois la même chose, et la vérité devient banalité - elle n'en perd pas pour autant sa valeur. d'où notamment la force inaltérable des clichés)
Je suis trop cynique pour me contenter de cette banalité, de cette beauté pure.

Je suis impure, je jouis de mon impureté, et je jouis de jouir de mon impureté.


Je suis des siècles après Aragon et après Amma, 
je suis des siècles de décadence,
je suis des siècles en-deçà de tout cela,
des siècles en retard, des siècles trop tard, 
des siècles conservateurs contre la révolution cyclique,
Amma succède à Aragon et moi je n'ai foi en rien,
je suis l'impureté de ces siècles,
la crasse noire des siècles de charbon,
le mégot des siècles de consommation,

je déteste mon cynisme et je m'y accroche comme à mes plus hautes valeurs

je suis cynique et je manque peut-être d'amour-propre,

heureusement, néanmoins, je crois aimer un peu les hommes 
(mais mon cynisme rejoint le nihilisme lorsque je pense qu'aimer n'est que l'illusion d'aimer et que l'illusion d'aimer est néanmoins aimer je rejoins alors peut-être ... j'ai oublié le nom de cette doctrine philosophique et qu'importe, je ne suis ni doctrine ni philosophie, j'ai pu observer et dans une certaine mesure admirer deux jours durant des hommes qui se sentaient pleinement hommes, pour ma part je ne me sens pas pleinement humaine, je ne me sens pas pleinement quoi que ce soit, mais je sais apprécier la valeur de toutes ces personnes

je suis cynique mais je leur reconnais valeur valeur
car je veux leur reconnaître valeur valeur
car peut-être je suis un peu amour moi aussi

moins peut-être pur amour que crasse filée entre des doigts noirs
mais un peu amour tout de même, filialité et fraternité obligent,
ce soir donc je décide d'affirmer (même si ce mot est léger dans la bouche d'un cynique) que je suis cynique mais que je les aime, que je reconnais leur valeur, moi qui n'en est aucune ou doute de chacune d'elles.

dans l'oeil de la tornade


Le champ noir et la pluie qui déchire le ciel à l'horizon.
Seule entre ciels et champs, enfin l'espace nécessaire à ma religion personnelle

Je n'ai pas besoin de croire, d'espérer.
Nul dieu pour moi à apercevoir, la grandeur du ciel visible emplit à elle seule mes poumons

Je ne requiers nul lieu spirituel pour m'y agenouiller avec d'autres hommes
J'avance seule dans les sillons de la terre et lorsque je croise un homme, je lui souris.


La solitude m'est nécessaire.
                                                  Je pense seule.
Non pas absolument seule - je pense à partir de rencontres et parfois aussi vers des rencontres
Je peux parfois même penser avec.

Cependant, j'ai besoin d'être seule pour faire le point.
Pour synthétiser tout ce qui est parvenu, épars, jusqu'à moi.
c'est dans l'oeil de la tornade que le calme peut s'établir et que l'on peut voir.

J'ai besoin d'être seule pour savoir que quelqu'un ne regarde pas à travers moi. pour savoir qu'à mon regard ne s'est pas substitué un autre regard.


Cependant. le besoin d'être seule est aussi besoin physique.
                                                                              évidence

athée, à terre


Je ne crois que ce que je vois mais ce que je vois est d'une force déjà bien suffisante.

Ma terre n'est pas sacrée parce que divine, je sacre ma terre parce qu'elle est terre, rien de plus.

Peut-être plus mais je ne veux rien voir de plus : pour moi toute la puissance est dans le fait qu'elle n'est rien de plus et n'a nul besoin d'être plus.

Je reste agnostique de raison mais chaque nouvelle expérience me fait comprendre combien ma culture a ancré profondément en moi un athéisme apparemment sans faille
 - mon coeur est dans la terre. enterré dans la terre noire, je l'y laisse.
qu'il s'y dépose, qu'il y dorme, qu'il y respire.
la terre est meuble et composite,
et si mon matériau ne s'altère pas, il se mêle néanmoins à d'autres sols.

Je chante un fragment de bhajan dans une langue heurtée,
je suis à l'écoute des voix qui se révèlent dans ce temple qui m'est inconnu.



- bhajan


Parvenue au Chant de Nirupama.
  Emotion de la découvrir et de penser que j'aurais pu ne pas la connaître.
 - Le gouffre s'est révélé une fois franchi (chancelante encore, encore au bord).

Quelles sont ces larmes à la gorge, aux yeux et aux seins ?


Et l'on tremblera à nouveau le lendemain.


Etre athée c'est une religion.

train du 5/06/10, 11h33. PM-C/E


Premier voyage en train. On aurait aimé faire le bilan et renverser sa vie par de nouveaux projets. avoir une vue panoramique ou défilante.   On aurait cru, peut-être même, faire une expérience mystique, laisser sa vie s'écumer dans la vitesse et disparaître, être à la périphérie défilante rien de plus que cette périphérie défilante. Rien de tout cela.

Ce n'est qu'un train de banlieue, on n'est pas même près d'une fenêtre, les voyageurs ne voyagent pas : ils sont restés ancrés à leur quotidien.
Le train n'est ni vide ni plein, design moderne mais modeste, rien d'extrême, nul matériau pour une traversée fantastique.

Toutefois, à la sortie de la gare, mille voies parallèles et l'on reconnaît là le fantastique d'une année entière à longer les voies caduques et bientôt recouvertes de la gare François Mittérand.
Même étrangeté des immeubles qui s'érigent contre les voies et dont le rez-de-chaussée n'a qu'un jour de fer et de fumée, où la seule lumière filtrée par les rails n'est pas celle du jour mais celle artificielle des wagons.

Et l'on est surpris toujours de ne pas découvrir la campagne à la sortie de la gare. mais de traverser d'abord Paris, puis sa banlieue, ses banlieues.

Pourtant ses banlieues sont déjà en une langue que l'on ne connaît pas.  On ne reconnaît rien, ni les rues, ni les hommes. Tout est étranger.
(et l'on veut qu'il en soit ainsi)
Les premiers vallonnements ne sont plus les côtes que l'on peine à gravir en vélo, mais déjà des pousses de montagnes, des protubérances étranges et prometteuses.
L'architecture est celle d'un peuple étranger, les meulières annoncent les fermes, et l'on laisse derrière soi les tours décrépies de sa banlieue, les tours de verre de son Paris.


Le train cahin-caha en est encore à ses premières vitesses ; et soudain l'on doute de pouvoir un moment enfin filer le paysage entre ses doigts.

Prendre de la vitesse sur soi-même, laisser derrière soi un regard qui pensait voir et n'être plus que dans la jetée.

Il n'est pas important de disparaître, et c'est ainsi qu'on est évincé, qu'on ne se voit plus, ou à peine. 

vendredi 4 juin 2010


Ou comment l'image (le récit) d'un texte est plus fort que ses significations allégoriques

prendre directions et courir


là où l'on ne peut rester ; alors on s'élance au soleil et que l'on trébuche on ne prend plus garde, on prend toute direction pourvu que l'on court, pourvu que l'on ne s'arrête pas, celui qui s'arrête s'allonge et meurt, alors on court on court et l'on ne regarde qu'obliquement celui qui nous dévisage parce que l'on sait que si l'on s'arrête sur son visage on en mourra,
on se lance à tout va à vau l'eau
et l'on se change en vent pour ne pas être changé en pierre,
car l'on sait, l'on sait, qu'aucun baiser ne nous délivrera de la roche de nos veines.


Comme envie de me taire, de rester en arrière,
rester immobile dans la lumière muette de quelques mots justes,
 alors je n'écris pas : lorsque soudain je m'arrête, j'ouvre les yeux et j'écoute.
je voudrais juste dormir là, à jamais là,
là où par trois fois je me serais endormie.

espace par trois fois fermé. fut-il jamais ouvert ?